ces accoudés au zinc

14 septembre 2008 § Poster un commentaire

Après mon dernier billet un peu agressif, il me semble que je dois apporter quelques précisions. Si j’ai été cruelle c’est que la pression sociale qui s’exerce dans un certain milieu huppé (que je côtoie rarement à vrai dire, milieu que je n’ai jamais approché auparavant, pas même aperçu de loin) est violente, même si elle ne représente que quelques instants éparpillés de-ci de-là. Rétablissons donc les faits. J’aime et j’ai toujours aimé les soirées nocturnes. J’aimerais pouvoir lire William Gaddis dans sa langue : mon attachement à la langue française ne signifie aucunement une haine envers la présence anglophone au Québec ou envers l’anglais, langue qui contribue largement à faire de la “culture québécoise” ce qu’elle est, si elle est particulière. J’aime parfois qu’il y ait polémique. Ce qui me plaît moins c’est qu’elle puisse souvent ne laisser aucune place à l’humaine erreur, à l’imperfection, au flou des sentiments. Je ne vois aucun intérêt aux tartines de connaissances pour écraser autrui, aucun intérêt non plus à commenter pendant une heure la beauté des bottes en peau toutes neuves d’un convive, dessinées par je ne sais quel grand nom (ça c’était au printemps dernier). Et je crains beaucoup les faux-semblants, surtout les richissimes s’affichant bohémiens, parce qu’ils se moquent de l’angoisse du pauvre tout en jouant au pauvre.

Il faudrait, pour me racheter un peu, ou pour calmer le jeu, évoquer tout ce qui est agréable ici. Il y aurait beaucoup à dire. Mais les lettres envoyées sur ce blog servent souvent de soupape…

Allez, une petite énumération de ce qui me manquerait si je quittais cette ville, ce pays : les sens interdits qui ne sont pas vraiment interdits, les gens qui grignotent le bout de leur baguette en rentrant à la maison le soir (je le remarque très souvent et je ne sais pas pourquoi, ça me charme), les voitures stationnées en tête à tête d’un même côté de la rue, le “bonjour” qu’on vous adresse dans l’ascenseur ou en entrant dans un café, les marchés où l’on peut demander une pêche ou n’importe quel fruit en indiquant le dégré de mûrissement voulu au jour près: “pour aujourd’hui” ou “pour demain” ou “pour mercredi”,  les pépés qui sirotent leur verre de blanc à 10 h 30 du matin accoudés au zinc du bar-pmu du coin en discutant de tout et rien, la couleur chaude des immeubles haussmaniens crèmes à la tombée du jour, la lenteur et la générosité des soupers, les Picards royaumes du surgelé (est-ce par nostalgie de l’hiver ?), l’habit noir et blanc des garçons de café, les petites dames coquettes au marché Jeanne d’Arc le dimanche, le héron libre du Jardin des plantes, le thé et les gâteaux de la Grande mosquée, les marchands de perruques africains et leurs vitrines troublantes, les manifestations bigarrées, le dôme laiteux du siège du parti Communiste, l’horloge de la gare de Lyon, l’atmosphère de la rive droite, et j’en passe.

Les commentaires sont fermés.

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement ces accoudés au zinc à notes obliques.

Méta