le rien qui foisonne

29 janvier 2009 § 1 commentaire

Jour de grève générale. Mon imagination ? il y avait une sorte de fébrilité dans l’air, hier soir. On aurait dit la veille d’une grande fête. Cet après-midi tous les mécontents iront dans la rue. À Paris ça fait beaucoup. À Paris le mécontentement prend des allures de fête.

Un regard sur mon bureau. Je travaille entourée (cernée ?) de souvenirs. J’ai parfois l’impression qu’ils me guettent. Je me répète un peu, sans doute. Mes rêves sont peuplés de fantômes à cheval sur deux pays. J’y formule souvent ce que je regrette de n’avoir jamais dit, ou ce qu’il ne m’a pas été permis de dire. Une manière un peu factice de rattraper certaines erreurs, factice mais qui allège.

À la bibliothèque, hier, je relisais “Un homme qui dort” de Perec. J’aime bien ce livre où “il ne se passe rien”, où le rien est en vérité si foisonnant. Il m’est arrivé, libraire à Québec (je devais avoir vingt-trois ou vingt-quatre ans), d’avoir été débordée de dossiers, le dos rond, assise dans un bureau sans fenêtre, et de me sentir malhabile sous la pression. Comme antidote à ce poison j’avais trouvé cette petite carte-citation de Perec, avec sa bouille fort rigolote, fort échevelée : “Il ne se passe rien, en somme.” Chaque fois que ça chauffait sous le capot, je jetais un œil sur la carte-citation et je m’envolais, légère comme une plume, au-dessus de ces dossiers au fond tellement dérisoires. Je ne savais pas qu’un jour il y aurait autrement plus de pression, et que cette petite citation n’allait pas disparaître de ma mémoire.

Je me souviens aussi d’avoir voulu convaincre ma mère, petite, que le rien, au fond, n’existe pas. Malheureusement j’ai oublié quels étaient mes arguments. Par contre je me souviens de l’expression paniquée de ma mère.

§ Une réponse à le rien qui foisonne

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Méta