silhouette 455c

6 mars 2008 § Poster un commentaire

Le clair de lune nous aveuglait. Des oiseaux criaient d’arbre en arbre. Il y avait des sifflements dans les champs.
Nous rampions dans la poussière, un couple de serpents. (Kafka)

Il fallait ramper avec une main en visière : serpents à deux genoux et un bras, à glisser sur les terrains humides après les sentiers poussiéreux, sorte de salamandres estropiées nous étions. Nous quittions les chemins pour atteindre les herbes hautes. À tout instant nous nous attendions à rencontrer un de leurs grands chiens. Pour ma part je me sentais moi-même un museau, j’étais deux crocs sur genoux, je me préparais à mordre une tête au moins. J’étais prêt à avaler un oeil, même un ventre si nécessaire. Pour nous sauver.

Nous nous sommes arrêtés sur un talus dénudé à flanc de forêt, selon l’odeur, une tréflière. Enfant, une fois, j’avais vu l’ami de mon frère se nourrir du sucre contenu au bout de chaque petit pétale du trèfle rouge. Il les prenait un à un entre ses doigts effilés, en suçait tranquillement le bout puis les jetait, comme ça. Le souvenir de l’ami me revenait au milieu de notre course accroupie. Sous la lune, à quatre pattes sur le talus je me suis mis à la tâche. Une faim telle que j’avalais les boutons entiers. C’était devenu un champ de sucre candi. Les autres m’ont rapidement imité. Nous en avons oublié les chiens. La rosée donnait à ces nouveaux fruits, à ces inventions, un parfum de sève mielleuse. Nous n’avons pas entendu le chant des sifflets se rapprocher. Le suc des fleurs de trèfle allait nous achever. J’en voyais avaler des rhizomes entiers, quand ce n’était pas les frondes de fougère ou le chiendent. Tous les six, nous étions ivres. Il fallait détaler mais plutôt nous mangions comme des bêtes.

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