silhouette 402c

16 avril 2008 § 2 Commentaires

Tout ce que j’ai hérité de mon père, c’est une petite boîte à épices en argent. (Kafka)

Elle est muette aujourd’hui. Elle ne révèle plus rien, ni ne contient quoi que ce soit de souvenirs ou de parfums. Elle est ternie par endroit. J’hésite à en prendre soin, à l’astiquer. Je préférerais même qu’elle s’abîme encore. J’ai l’impression que son usure a été interrompue pour de bon. Pourtant je voudrais qu’elle vieillisse encore, que ses charnières se mettent à grincer. Je préférerais voir apparaître de la rouille sur ses côtés, cela me prouverait qu’il s’agit bien d’un objet absolument banal, qui ne signifiait rien et ne signifiera jamais ; elle serait en métal, en fer blanc, alors. Je ne pourrais plus dire : oui, voilà la boîte à épices en argent de mon père, mon héritage. Il faudrait dire : oui, voilà, prenez un bonbon à la menthe dans ma toute bête petite boîte à épices en fer blanc qui n’a appartenu à personne, ou au contraire, qui a appartenu à tout le monde.

Je pourrais aussi jeter cette boîte. Ou la remplir de graines, y percer des trous, en faire une mangeoire d’hiver pour les oiseaux, y suspendre un bout de suif, la transformer en abreuvoir en été, y mettre de ce nectar synthétique pour colibris, ou encore y glisser une trappe à mulot pour le début des froidures. Je pourrais en faire une boîte à poupées, ou bien une boîte à farine. Y faire couler de la mélasse, juste pour le plaisir. Y couler du béton puis la balancer au fleuve.

Boîte muette. Mes doigts peinent à t’ouvrir à chaque fois, et pour ne rien trouver dans ton ventre.

§ 2 réponses à silhouette 402c

Qu’est-ce que ceci ?

Vous lisez actuellement silhouette 402c à notes obliques.

Méta