en équilibre précaire

24 avril 2009 § Poster un commentaire

Je parlais bien d’un “début” de reconnaissance. Puisqu’aujourd’hui l’impression que tout est encore à faire ne me quitte pas. La précarité : voyage sans fin sur une banquette inconfortable, qui, même en offrant une sorte de liberté, n’est pas toujours propice aux rêves.

Comment sortir de cet état ?

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l'oeil

20 avril 2009 § Poster un commentaire

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bruits et voix

2 avril 2009 § Poster un commentaire

Lisboa, mars 2009

Lisboa, Jardim Botânico

Sommes-nous tous ainsi ? à entendre ces dialogues imaginaires entre personnes aperçues il y a longtemps ? Il m’arrive de confondre mes pensées avec l’imagination de ces conversations. Cela se mêle et prend la forme de textes brefs et confus.

Je constate des pertes de mémoire tous les jours. J’hésite, devant elles, entre la peine et le soulagement. S’agit-il de la douleur du temps passé, trop long temps, à ne plus rien espérer ? On souhaiterait que de telles marques disparaissent. Vont-elles disparaître, ou seulement s’atténuer ? Sommes-nous plusieurs à constater un morcellement, l’éparpillement de morceaux de soi, qu’on ne sait plus rassembler ? liés par des fils (cheveux) de plus en plus maigres et cassants.

rouille

20 mars 2009 § Poster un commentaire

J’utilise ce lieu parfois quand la rouille menace de s’installer, quand le muscle menace de se relâcher un peu trop, annonçant qu’il sera difficile de s’y mettre en repoussant davantage l’échéance. L’écriture est un muscle, n’est-ce pas.

Hier je discutais avec une gentille jeune femme, avenue du Président Kennedy, 16e arrondissement. Pour répondre à ses questions, je lui confiais qu’il avait été très difficile, en m’installant ici, de me retrouver du jour en lendemain sans autonomie et sans reconnaissance, puisque sans véritable travail. Je lui confiais aussi être en train de vivre le deuil d’amitiés dorénavant impossibles à vivre, disons dans la même confidence et la même intimité qu’autrefois, à cause de la distance et des nombreux fuseaux horaires à franchir comme un fossé devenant de plus en plus creux. En nommant tout ça (il est rare pour moi de pouvoir le faire à Paris), je réalisais secrètement à quel point ce lieu, ce blog, là, où je vous écris, est utile, à quel point il est une sorte de pont entre moi-ici et moi-là-bas, une sorte de réconciliation entre les deux, un terrain d’entente, et pour ces raisons, un apaisement.

Et dire qu’au début, je me demandais un peu pourquoi j’inventais cet endroit. C’était ni plus ni moins qu’une question de survie psychique et mentale. C’est devenu très clair aujourd’hui. La vie n’est-elle pas étrange ? Elle nous éclaire parfois bien tard sur des agissements passés. Mon grand-père Louis-Philippe, un homme très charismatique, disait “je me croyais enfoncé dans la merde, et en fait, j’étais justement en train de m’en sortir”. J’ai souvent expérimenté cela.

Tiens, je me croyais menacée par la rouille, alors que j’étais à la vérité en train de huiler la mécanique.

cette crasse portée encore

13 mars 2009 § 5 Commentaires

J’écris ce texte alors que je suis installée (encore) dans le paisible rez-de-jardin de la bibliothèque*, pour un instant la musique du dernier disque de Louise Forestier dans les oreilles. Écouter ce disque ici me plonge dans mille émotions contradictoires. D’abord j’ai beau trouver les paroles de certaines chansons médiocres (j’écoute seulement sept chansons sur onze, jamais jamais ! la première), voilà c’est dit, j’aime ce disque. C’est plus fort que moi. Peut-être parce qu’il me rappelle mon dernier vol effectué en solitaire, en partance pour Montréal l’automne dernier. Sans être convaincue, impatiente au-dessus de l’Atlantique, je zappais les disques au hasard sur le siège devant moi. La chanson “Loin d’ici” s’était mise à se déployer dans mes oreilles, et aussitôt me gagnait le sentiment de retrouvailles, le sentiment de voler droit vers mon amie Françoise**, amie c’est peu dire, âme sœur, par ailleurs féministe engagée – sans être enragée, et qui ne connaît pas ce lieu, faute d’être “branchée”. Cette chanson était un pont qui me menait vers elle et vers moi. Et je retrouve cette émotion à chacune de mes écoutes – parcimonieuses, réservées aux trajets de RER vers la Maison de la radio, aux marches nocturnes vers le 4e étage, aux longs itinéraires de métro – ligne 4 et ligne 14.

Oui je sais vous le savez, au fil de mon acclimatation j’expérimente des sensations inattendues, comme de drôles de bouffées émotives très intenses mais floues, mal localisées, qu’on dirait liées à la misère de mes ancêtres, à la mienne d’il y a quelques années, celle de mes parents (qui ne s’adressent plus la parole depuis l’an 2005, ma mère s’étant révoltée à l’âge de soixante-quatre ans, convaincue après plus de trente ans de loyaux services serviles qu’il valait encore mieux s’y prendre tard que mourir). À la seule pensée du pays perdu j’ai parfois l’amour triste (oui, oui), qui déborde au point de se transformer en petites larmes, presque invisibles, sans que je sache très bien à quoi elles sont dues.

*En pile à mes côtés, mes amis, mes frères et soeurs secrets, que je ne connais pas assez: Saint-Denys Garneau, Blais, Godbout, Aquin (pour les jours tristes). Parfois je ne les consulte pas. Ils ne font que m’accompagner. C’est déjà beaucoup.

**Françoise, la première, sans le savoir, à m’avoir fait croire qu’un ailleurs était possible, à force de nuits de discussions dans un sous-sol crasseux d’une ville tout aussi crasseuse.

au bout d'une lorgnette

5 mars 2009 § 2 Commentaires

Combien de tableaux, de scènes je pourrais décrire ici, qui seraient le reflet d’un regard étranger (de moins en moins étranger mais tout de même), un regard quotidien sur les choses ? La nuit quand le sommeil me quitte, ou bien au cours de divers trajets de métro, j’écris mentalement des textes pour ce blog, réflexions diverses, anecdotes, portraits. Le plus souvent (et c’est sans doute le cas pour beaucoup de gens), ces textes tombent dans l’oubli avant d’avoir pris une forme plus concrète.

Il n’est pas toujours facile de mesurer ce qui vaut la peine d’être écrit. Et au moment où la pensée vient, tandis qu’elle imprègne et teinte tout ce qu’on voit, comme un filtre vissé au bout d’une lorgnette, on croit toujours qu’on ne l’oubliera jamais.

Alors, que pourrais-je raconter ? J’aurais envie ce soir de faire dans l’anecdote.

Depuis mon arrivée à Paris j’ai dû très souvent voir des médecins. Au début, question vocabulaire* plus une foule d’autres détails, cela me plongeait dans une étrange (presque douce) insécurité. Une fille connue par hasard, très timide et gentille, me recommande un cabinet dans un coin paumé (mais tout me paraissait paumé “à l’époque”), à la périphérie du 15e , je crois. Elle me dit “Tu verras, il a une très bonne écoute”. Tout comme j’ai découvert par la suite que cette fille souffrait de névroses diverses et profondes, j’ai pu constater que le médecin en question était un homme un peu dérangé. (Ce que je ne savais pas encore non plus, habituée des CLSC, c’est que la plupart des bureaux de médecin de Paris se situent dans de beaux grands appartements plus ou moins abîmés, avec cheminée et grand miroir ouvragé et vieux parquet verni, qu’on découvre en entrant comme un voleur dans des cours toutes plus mystérieuses les unes que les autres.) Ce médecin-là avait ceci de particulier que son cabinet était couvert d’un tapis très sale et puant, qu’arpentait un petit chien “jappeux”, vous savez ces petites bêtes à poils gris blanc – ou jaunes si le maître fume – longs et ondulés dont on cherche les yeux, et dont nos grand-mères raffolent ? Mais, quitte à vous ennuyer, racontons dans l’ordre. J’étais assise dans la salle d’attente. La porte du cabinet s’ouvre brusquement : un patient en sort, grand type, casque de moto dans les mains, puis un chien jappeux à sa suite qui s’empresse de grimper sur moi en sautillant et bavant joyeusement. Le type au casque quitte par la porte principale, sans interpeller ce que je crois être son chien (toujours sur moi), et le médecin m’invite à le suivre dans son cabinet. Qu’elle n’est pas ma surprise de l’entendre inviter aussi l’animal à nous accompagner dans le bureau. Ainsi pendant toute la rencontre, le doc entrecoupait ses conseils douteux, machos, de “Couché, mon toutou ! laisse la demoiselle tranquille ! Vous savez il aime les demoiselles” etc. Avant de partir, et après avoir payé le prix fort (les médecins en Île-de-France peuvent exiger un supplément sur le tarif normal, fixé à vingt-deux euros), j’ai osé demander à la blague : “Est-ce que tous les médecins de Paris ont un chien dans leur cabinet ?” Pour toute réponse, en ne rigolant pas du tout : “Vous savez on vit dans une démocratie.” Je suis sortie de là les yeux exorbités. Ce n’était pas tant le chien, après tout pourquoi pas ?, et je ne suis pas une maniaque de l’aseptisé, mais cette totale absence d’écoute justement, et cette crasse exagérément odorante, et il me semblait y avoir quelque chose de profondément malsain chez ce type…

Depuis je me rends plutôt dans le 1er, rue Jean-Jacques Rousseau, même si ce nom me rappelle douloureusement Raymond Joly et les Confessions. Pour monter à l’étage, un immense escalier d’hôtel particulier en bois recouvert d’un tapis très moelleux, agréable à fouler. Mais maintenant que j’y pense, j’aime profondément ces aspects bordéliques et approximatifs de Paris. Cependant je ne vous raconte pas mon acupuncteur, rue Lucien et Sacha Guitry… Sur son bureau une montagne de paperasse, boîtes d’aiguilles, bouteilles diverses, et les motifs de la tapisserie qu’on distingue à peine derrière le fatras qui s’y trouve punaisé du plancher au plafond…

* Euh, par exemple, synthroïd devient levothyrox, tricyclen devient tricilest ou bien trinordiol, et j’en passe…

(J’avais bien dit que je ne reparlerais plus de politique canadienne.)

en l'état…

27 février 2009 § Poster un commentaire

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vitrine et autres tuiles

24 février 2009 § Poster un commentaire

J’ai bien essayé de rester calme mais.

Tous les matins en arrivant à la bibliothèque, je lis Le Devoir presque en entier grâce à mon abonnement au format pdf – on dirait une pub, hein – que je télécharge au petit matin tandis que le Québec est encore plongé dans son sommeil paradoxal. (Parce que Le Devoir est introuvable en France. On peut le consulter sur papier à la Bibliothèque nationale avec une semaine de retard. Sinon rien. Même la Librairie du Québec* ne le tient plus. Pourtant il faut voir tous les quotidiens étrangers qu’on retrouve aux kiosques à journaux, et dans toutes les médiathèques de la ville – deux ou trois médiathèques par arrondissement… de quoi halluciner.) Les nouvelles lues me consternent très souvent, et certains matins comme aujourd’hui, elles me désolent et me révoltent à un point… Quel gâchis que ces gouvernements… Mais que se passe-t-il donc ? Peut-être que je perds de vue certains périodiques engagés, mais il me semble que presque personne ne monte aux barricades. Est-ce que je me trompe ? Montréal n’est plus qu’un gigantesque nid-de-poule. Les libéraux fédéraux laissent passer des réformes conservatrices totalement inacceptables – croyant sauver leur peau en risquant celle de toute une population. Les souverainistes n’ont jamais été si lâches, si raplapla, et la souveraineté si hors propos, voire hors-champ. Les radio-poubelles vont bon train. Le rayonnement des artistes canadiens à l’étranger est plus que compromis : il est déjà sous la guillotine. La culture est devenue une blague (d’ailleurs le nouveau site Web de Radio-Canada annonce maintenant une section “divertissements” en remplacement de la section culturelle, qu’ils étaient incapables de rendre dynamique, ça, on leur accorde)… Il me semble que cela en dit long. Je me trompe ou bien tout dégringole à une vitesse folle ? Je me demande toujours si mes impressions s’accentuent anormalement compte tenu de mon exil, ou si mes impressions sont justes.

*Pardonnez-moi mais quel endroit sinistre et sans âme… Un éclairage aux néons avec plafond à tuiles suspendu qui me rappelle les tristes locaux de mariage du palais de justice de Québec… Bien sûr ils ont peu de moyens (et je salue leur courage je vous assure ! défendre la littérature québécoise chez les Parisiens – provincialissime à leurs yeux, sauf exception – est plus qu’héroïque), mais ce peu de moyens, entre autres, est inacceptable. C’est un lieu de diffusion plus important qu’on ne pourrait le croire : la seule vitrine vouée à la littérature québécoise en sol européen. Malheureusement, faute d’investissements des gouvernements dans cette petite infrastructure (enfin c’est ce que je déduis – dites-moi si je me trompe, et puis c’est peut-être le choix du propriétaire), les livres sont vraiment trop chers. Combien de Parisiens paieront quinze euros pour un format poche ? un exemple : Neige noire d’Aquin en poche (BQ) : 17 euros 50, c’est-à-dire environ 28 dollars ! Bien sûr, les coûts de transport… Mais. Est-ce normal pour une vitrine de cette importance ? On me dira : encore heureux, ce lieu existe, et on pourrait se demander pour encore combien de temps. Mais pourquoi toujours se contenter de peu ? Y a-t-il un médecin dans la salle ? Une vitrine terne et trop chère est presque un coup d’épée dans l’eau… non ? Mais tout cela n’est qu’un symptôme bien sûr. Je vous redemande pardon.

Je suis toujours dans mon refuge appelé BnF. Allez, une fois de plus cette parenthèse dans ma journée : je vais consulter quelques bouquins de la section “Auteurs américains d’expression française”, me recoltiner aux colères de mes compatriotes, histoire de me remonter…

Qu’est-ce que nous sommes bernés !
Mais je n’en parle plus, promis.

coups d'aile

23 février 2009 § 2 Commentaires

Des heures que le ciel est lourd et sombre. Pourtant il ne pleut pas et il n’est pas très tard. On sent que ce sera bientôt les giboulées de mars. Des billets de train pour Strasbourg (un petit bain frais sans changer de pays), sur un coup de tête. L’envie de bouger : il paraît qu’elle est un trait caractéristique des gens du “Canada”. Je ne sais pas mais c’est vrai que depuis bientôt quinze ans, comme beaucoup d’autres, j’ai brassé de l’air, à grands coups d’aile, sans trop savoir où j’allais par ailleurs. Le but recherché était diablement flou. C’est bien propre à la vingtaine dira-t-on.

J’ai relu de vieilles lettres (elles datent d’il y a cinq ans mais on dirait des siècles). Un vague à l’âme, depuis la lecture, s’est installé. (J’étais vraiment paumée – paumée : j’emprunte cette expression efficace.) Quel sens donner aux difficultés que l’on s’impose ? Sommes-nous à la hauteur ou forçons-nous les choses ? Ces amitiés étaient-elles vraies ? Certains abandons me serrent le cœur. D’autres m’allègent.

Ça y est déjà la nuit s’est installée.

nuit

20 février 2009 § Poster un commentaire

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