mon Réal (2)
23 juin 2015 § Poster un commentaire
Les plafonds du café, en reliefs, sont d’une belle couleur cuivre. Un ciel doré, comme poudreux, à la fois chaleureux et métallique. Les croissants au beurre nous explosent dans la bouche. Les meilleurs croissants de mon Réal. On refuse d’en perdre une miette. Les petites tables de marbre sont bien trop belles pour nous. On essaie de rassembler nos idées avant d’aller au boulot appartenir à d’autres qu’à nous-mêmes : il faut au moins le temps d’un café brûlant. Il faut au moins entendre les serveurs et serveuses s’envoyer deux ou trois adresses d’affection derrière le grand comptoir à guichet. Il faut s’émerveiller au moins vingt minutes de suite, aligner une trentaine de mots, pour accepter de se donner en pâture pendant huit heures.
urgence
18 juin 2015 § Poster un commentaire
Tous les matins il hésitait entre l’escalier et l’ascenseur. Du coin de l’œil il pouvait voir les plans d’issues de secours, en regrettant de n’avoir jamais eu à les emprunter. Jamais, jamais il n’y avait eu d’urgence.
mon Réal (1)
16 juin 2015 § Poster un commentaire
Je me souviens, les bus sont toujours trop rares la nuit, on ne peut pas se retenir de prendre des taxis. L’hiver, la cuirette de la grande banquette arrière se réchauffe lentement sous nos culs gelés. L’effet de la suspension usée sur les vagues de poudrerie qui s’accumule en lames de neige sur l’asphalte me donne l’impression d’être dans un bateau en pleine houle. Une nuit en particulier je suis très ivre, le chauffeur, lui, est handicapé : à la place de deux mains, des pinces sorties des manches de son manteau maîtrisent habilement le volant, émettant un drôle de cliquetis mécanique. Je ne sais plus très bien où on va. Sur le siège à côté de lui, il doit y avoir un sac de bagels parce qu’une bonne odeur de sésame grillé remplit l’auto.
vendredi 12 juin
8 juin 2015 § Poster un commentaire
la tête dans les nues
21 avril 2015 § Poster un commentaire
« Grimm m’a dit plusieurs fois que j’avais été fait pour un autre monde. Je ne sais si cela est vrai, mais ce qu’il y a de certain, c’est qu’il y a bientôt cinquante ans que je suis étranger dans celui-ci, que je vis d’une vie imitative qui n’est pas la mienne, que je me plie sans cesse à l’allure des autres, et que je suis comme un chien qu’on apprend à marcher sur deux pattes. De là une démarche tantôt originale et tantôt gauche. Ce qui s’échappe de moi, ne vaut jamais ce qui s’y passe. Je ne parle bien qu’avec moi, ou avec les autres quand je n’y pense pas. Plus j’écris vite, mieux j’écris. Quand il m’arrive d’avoir de l’esprit, j’en ai beaucoup. J’ignore encore ce que je puis faire. Les grandes actions et les belles choses m’affectent de la manière la plus violente et la plus durable. Si je n’y prends garde, je suis tout prêt à me les approprier. La tête dans les nues, j’aperçois une paille à terre. Ce que j’ai une fois admiré, je l’admire toujours. Je fais peu de cas de ce qui ne saurait répondre à mon cœur. C’est pourquoi j’aime mon semblable de préférence à tout. Faites, si vous pouvez, que ce morceau de marbre jouisse de ma surprise et je ne m’en séparerai jamais. C’est pourquoi deux yeux tendres m’offrent un plus beau spectacle que l’univers.»
Diderot (1763)
mercredi 15 avril 2015
12 avril 2015 § Poster un commentaire
Jusqu’au 22 avril, c’est le Printemps littéraire québécois à la Bibliothèque Sainte-Barbe de Paris, où sont invités Eric Plamondon, Christian Guay-Poliquin, et moi-même. La Librairie du Québec, Bibliothèque Gaston Miron – Études québécoises et Cousins de personne coorganisent ce cycle de rencontres animées par Marie Noëlle Blais, avec des lectures de la comédienne Geneviève Boivin.
Le détail du programme ici.
mercredi 8 avril 2015
30 mars 2015 § Poster un commentaire
vendredi et samedi 20-21 mars 2015
18 mars 2015 § Poster un commentaire
Dans le cadre du 1er festival de la Francophonie à Troyes qui met à l’honneur le Québec, j’aurai le plaisir de présenter Forêt contraire et La poupée de Kokoschka, à l’invitation du Centre culturel Marguerite Bourgeoys et de la librairie Les Passeurs de textes. Détails ici http://rachi-troyes.com/festival-de-la-francophonie-troyes/
jouer sur le rouge
17 février 2015 § 1 commentaire
C’était un soir, vers cinq heures, un samedi: tout à coup, c’en est fait, chaque chose baigne dans une autre lumière et pourtant il fait encore assez froid, on ne pourrait dire ce qui vient de se passer. Toujours est-il que le tour des pensées ne saurait rester le même; elles suivent à la déroute une préoccupation impérieuse. On vient d’ouvrir le couvercle de la boîte. Je ne suis plus mon maître tellement j’éprouve ma liberté. Il est inutile de rien entreprendre. Je ne mènerai plus rien au-delà de son amorce tant qu’il fera ce temps de paradis. Je suis le ludion de mes sens et du hasard. Je suis comme un joueur assis à la roulette, ne venez pas lui parler de placer son argent dans les pétroles, il vous rirait au nez. Je suis à la roulette de mon corps et je joue sur le rouge.
(…)
Une mythologie se noue et se dénoue. C’est une science vivante qui s’engendre et se fait suicide. M’appartient-il encore, j’ai déjà vingt-six ans, de participer à ce miracle? Aurai-je longtemps le sentiment du merveilleux quotidien? Je le vois qui se perd dans chaque homme qui avance dans sa propre vie comme dans un chemin de mieux en mieux pavé, qui avance dans l’habitude du monde avec une aisance croissante, qui se défait progressivement du goût et de la perception de l’insolite. C’est ce que désespérément je ne pourrai jamais savoir.
extrait de Préface à une mythologie moderne in Le paysan de Paris, Aragon, 1924




