puce (saut de)

23 mai 2011 § Poster un commentaire

aimer les jardins
pour leurs mares aux canards
partout des interdits :
comme ça on multiplie
les occasions de bravoure

le quotidien héroïque
est un pain entamé dans la rue
avec derrière un poissonnier à flonflons
(nœuds dans les poulpes)
à côté d’une marchande de souvenirs
qui ne peut rien contre l’amnésie
(lui ai demandé)

fumées

16 mai 2011 § Poster un commentaire

Chercher sa nécessité.
Il y a pourtant des moments où c’est si clair. Où le but n’est plus un obstacle, parce qu’il n’est pas important.

Drôle de troquet où j’étais seule, pas de clients. Odeur frappante à l’arrivée : un mélange cigarette-transpiration-alcool qui m’a rappelé le manteau trouvé à l’Atelier du chômeur de Lévis en 1999, pour l’hiver : une canadienne pour homme, gris souris, à repriser.

un arc

26 janvier 2011 § 1 commentaire

Vouloir circonscrire, cerner une distance. Nommer le délai qui sépare un être de son passé, d’un autre temps géographique où il a pu respirer, vivre autrement. Évoquer les innombrables ruptures de soi à soi, ou de soi à l’autre, les promesses à soi-même non tenues, plus insidieuses que les promesses faites aux autres, celles qui viendront, qui dessinent déjà les formes de la culpabilité à venir.

Un ciel gris, voilà ce qui me sépare le plus de mon pays natal, plus encore qu’un océan. Cette lumière blafarde du présent, ces vêtements bien assortis, cette neutralité de l’expression, cette perfection du langage (vocabulaire riche et juste), le bruit des talons hauts sur les pavés irréguliers de la cour intérieure sur laquelle mon regard se penche à l’heure qu’il est. Pour calculer la distance de ce passé à mon présent, je mets bout à bout ces gens dont j’ai perdu la trace, ce qu’ils aimaient lire, ce qu’ils aimaient boire, les tuques (oui, tuques) et les casquettes qu’ils portaient, leurs chaussures, je les mets bout à bout et cela forme un arc de là-bas à ici. L’arc est chambranlant mais il tient le coup, se balançant comme la pyramide humaine d’un cirque de province. Et si j’avais l’agilité et la force d’un jongleur géant, ces gens mis bout à bout je les ferais tourner autour de moi dans une ronde joyeuse. Ce pays, mon passé géographique, éclaterait en rires énergiques au lieu de projeter une ombre sur moi.

Le premier bout de l’arc se trouve au bord du ruisseau Rimbaud, c’est-à-dire à une distance de moins d’un kilomètre derrière la maison où j’ai vécu mes dix-neuf premières années. L’autre bout, dans la cour intérieure d’un immeuble du dixième arrondissement. Au bord du ruisseau, il y a quatre saisons bien marquées, des odeurs sucrées de trèfle et de céréales. Des grains jetés aux poissons blancs, un chien, des orages imprévus, des égratignures de feuilles de plants de maïs plus hauts que moi, des levers de soleil au-dessus du “gros bois”, plus épais que le “bois à Rita”, de petits avions qui passent très bas, de l’ennui, de la hâte, des étés à travailler en sarrau bleu taché de graisse en rêvant d’études universitaires dans une ville vieille et enneigée…

(à suivre)

le fil avec ce qu’il a de vieilli

27 décembre 2010 § Poster un commentaire

Vous avez entendu comme un vacarme, il y a quelques heures? Transformé en vrombissement? C’est que… ça a décidé de reprendre le travail, aujourd’hui – secousse sismique jusqu’en Abitibi. Je veux dire, pas l’alimentaire, non, le vrai travail, celui qui vous implique trop et complique tout. Ça s’est même rendu à la bibliothèque avec sa pensée toute échevelée. Ça vous écrit d’ailleurs de là. Ça s’est dit on va y aller tel quel, tant pis pour le désordre, histoire d’arrêter de bretter. On va tenir éloignés les peines, les emportements, bref, on va couvrir les miroirs de grands pans de tissu coloré. On va reprendre là où on en était il y a plusieurs semaines (on dirait des années), histoire de retrouver le fil, avec ce qu’il a de vieilli, pour voir ce qu’on peut encore en faire.

Sur le chemin qui mène jusqu’ici, des chaussures encore bonnes abandonnées, un sapin même pas sec avec toutes ses aiguilles, ne portant aucune trace de fête, aucune trace de rien, et plus loin, enfin, plus près du but, des restes de neige et de glace par plaques, le sillon parfumé d’un monsieur grisonnant, pressé comme moi, l’ordinateur sur le dos, comme ça.

Que la page blanche redevienne un outil, qu’elle ramène ça, son chariot de mots capables de nommer une pensée, même échevelée. C’est ce que je demande. Que ça nous fasse oublier tout le reste. Ou presque.

le temps du saucisson

11 février 2010 § 2 Commentaires

Il y a aussi la carte postale de Marguerite qui passait par Vienne.

La trace persistante du livre de Christa Wolf. Les souvenirs de Klaus Mann dans Le Tournant, le regard sans cesse tourné hors de lui-même, son interprétation nuancée des bouleversements de 1918-1919 en Bavière et à Berlin qui me plaît beaucoup, son humour un peu grinçant, les paradoxes dans l’amour-haine du père géantissime.

Les serveurs du St-André, qui me donnent le choix entre olives épicées et pop-corn pour accompagner mon apéro brouilly en solitaire, un chien cuivré magnifique appelé “Monsieur” s’aventure dans les cuisines, et le vieux client son maître navré d’aller le chercher derrière le zinc le gronde gentiment, penaud lui aussi, et fatigué, il lui dit : “Monsieur…, il est bien fini le temps du saucisson”, comme s’il parlait pour nous tous.

ce qui n'est pas lisse

31 janvier 2010 § 1 commentaire

Je voudrais décrire cet état que je ne le pourrais pas. Mon état. Je ne me l’explique pas, je n’y vois rien, j’ai le nez dessus, et le livre une fois “sorti” m’apparaît comme une sorte de pierre ronde et lisse ne m’offrant aucune prise. Une boule suspendue entre deux mondes : ce qui peut arriver et ce qui n’arrivera pas. J’apprends à Paris que je suis un écrivain québécois, j’apprends au Québec que je suis une écrivaine étrangère. Peut-être suis-je plutôt un écrivain japonais?

Mais, au fait, suis-je un écrivain? et puis qu’est-ce qu’on s’en *** ? que je leur dirais s’ils me passaient le micro.

Pour ne pas tenter de répondre à ces questions idiotes, questions de luxe (qu’est-ce qu’un écrivain? quand le devient-on vraiment?), ô combien cliché, et inutiles, qui ne mèneraient nulle part puisqu’on ne fait tous que de son mieux en ce bas monde, voici une liste désordonnée des petites aspérités des dernières semaines, loin de la boule lisse, qui réconfortent :

  • le verre de champagne offert par Karima siroté rue Jeanne d’Arc pendant qu’elle me coupait les cheveux, le 31 décembre juste avant la fermeture de son salon
  • le film The Proposition vu dans une minuscule salle de l’Espace St-Michel avec la poésie de Nick Cave
  • les fruits de mer du jour de l’An avalés chez Catherine à Villejuif
  • une tempête de neige sur Toulouse, palmiers dans la poudrerie, rester coincés plus d’une heure dans un train vers Albi, ça caille, j’entame la lecture du Tournant de Klaus Mann, les passagers soulagés d’apprendre par le micro qu’ils auront le droit de sortir fumer une cigarette, soudaine ambiance de fête, les étudiants sérieux qui en profitent pour réviser, les adolescentes pour sortir leurs emplettes de sacs plastique colorés et se montrer leurs fringues à paillettes à moitié debout sur les banquettes, en riant, par la fenêtre la nuit tombée et la neige comme le mirage d’un Nord apparu en plein Sud
  • décompresser d’un rendez-vous chez Gallimard avec du vieux Charlebois, Québec Love, rencontre émouvante de Roger Grenier, éditeur de Réjean Ducharme, dont les yeux pétillaient au souvenir de Montréal
  • les faisans, cailles, lapins, oies suspendus par les pattes à la boucherie économique pour les repas de Noël, on voit les gens sortir leur papier monnaie durement gagné pour offrir aux autres un festin, foie gras au torchon, dinde aux marrons, bûche au chocolat et thé matcha
  • les rires de Marie à Bagnolet, le cubi de blanc bien entamé
  • etc.

faut-il croire les Palmiers ?

26 juin 2009 § 1 commentaire

L’appartement où j’habite donne à l’avant sur une rue très bruyante et à l’arrière sur une cour pas jolie mais très calme, assez verte pour être propice à la reproduction d’authentiques maringouins parisiens que trop peu de chauve-souris viennent dévorer au soleil couchant. En automne et en hiver, le double-vitrage nous isole complètement, enfin presque, du bruit des sirènes, sifflets et autres flonflons du genre (nous ne sommes pas très loin d’une préfecture de police, c’est charmant). Mais l’été ça se complique. En ouvrant seulement les fenêtres qui donnent sur l’arrière, l’air ne circule plus et on éprouve très vite une sensation d’étouffement, de saturation. Et si on ouvre à l’avant, en plus d’une invraisemblable cacophonie c’est une terrible quantité de gaz carbonique qui entre dans le deux pièces, et à vitesse grand V. Là où ça se complique encore, c’est qu’à tous les matins de la semaine depuis plus d’un mois, dès 8h, des bruits de construction se font entendre à l’arrière, et ce jusqu’à 17h – scie à métaux, marteaux-piqueurs, etc. Et nous n’en sommes qu’aux fondations d’un immeuble à six étages.

Tout ceci d’ennuyeux à lire pour dire que mon envie de forêt (encore? elle nous gonfle…), toujours présente depuis des années, revient avec un tel impact en ce moment que j’en perds le goût de travailler. Je ne peux rester longtemps dans l’appartement sans ressentir les mâchoires d’un étau se resserrer sur moi. Plus le temps passe, et plus cela devient physique, plus l’angoisse devient palpable, physiologique. Bref, je suis entrée dans une période de “manque” irréversible. Il me faut mon fixe d’air pur. Mais que faire sans argent, sans voiture ?

À l’abri dans la bibliothèque, qui commence malheureusement à me lasser, je regarde ces gens autour de moi, et plus j’observe, plus le temps passe, et plus j’ai la certitude que je ne me ferai jamais à ce monde d’artifice, ce monde du beau vêtement et du beau bijou perpétuels. Jamais je ne m’y ferai. Je suis entourée d’universitaires et chercheurs bien sapé(e)s jour après jour, et me vient en filigrane l’envie croissante de me vêtir de plus en plus n’importe comment, de sortir cra-cra de chez moi, sans mascara, sac à main JAMAIS assorti aux chaussures, ongles natures, surtout pas “shinés”, pas chromés. (C’est plus fort que moi, tout ce sobre clinquant m’incite à porter des trucs joyeux, genre rayures roses et rouges, cheveux dressés sur la tête.)

Il me vient même des envies de grange, c’est tout dire. Des envies d’avoir une vache à traire le matin, avant la lecture. (Et sur ce point en particulier, l’homme s’inquiète vraiment.) Des envies d’odeur de fumier. Des envies de ne croiser âme qui vive, disons pendant au moins toute une semaine. De quoi aurai-je l’air à la parution du livre? d’une espèce de Scouine sortie tout droit de son terroir, d’une sorte de Sagouine ? d’une urbaine des bois ? d’une indécrottable rustique ? d’une indéprovincialisable ? Mais quelle honte. Déjà l’accent fera écran aux moindres paroles que j’oserai prononcer (ce qui n’est peut-être pas plus mal… c’est ça, c’est ça, il me faut un écran, gros gros écran derrière lequel me cacher). Que de plaisirs m’attendent, je le sens ! Ironie du sort. Il me semble que tout ceci relève d’une erreur monumentale. Je commence à croire ce psy raté à chemise à palmiers lâchée lousse sur bermudas, consulté un après-midi de l’an deux mil quatre en désespoir de cause et trouvé dans les pages jaunes au malheureux hasard du doigt, qui me taxa de masochisme juste avant de m’offrir un expresso d’un regard louche aux sourcils fournis, trop fournis. (Je le sais, ma phrase est longue et contient plus d’une idée : mauvais, mauvais, mauvais, le gars du matricule me l’a dit, et ça oblige à tout relire du début pour y voir clair.) Moi, masochiste ? Moi invitant le malheur à ma table, par exprès ? Tous ces efforts pour m’entendre dire cette horreur au tournant ? Pas possible. Non. En y pensant bien, pas possible. J’ai écrit un livre sans faire exprès. Je n’ai jamais voulu avoir mal, docteur. Même que je n’y tiens pas du tout. Même que si on me donne le choix : dans la main gauche une fraise tagada, la main droite un coup de massue, je choisis la fraise, je vous jure docteur, je choisis la fraise tagada, monsieur Palmiers, sans hésiter.

Tiens j’y pense. Et là je passe vraiment de l’âne au coq, chers (nombreux !) lecteurs (parce que ça se bouscule aux portillons, je le sais ! c’est wordpress statistics qui me le dit… et ce n’est pas ce billet qui élargira mon blog-lectorat). Saviez-vous que Julien Gracq s’appelait en fait Louis Poirier ? (Si oui : zut.) Pensez-vous vraiment qu’on lirait le Rivage des Syrtes d’un couvert à l’autre s’il avait été signé “Louis Poirier” ? (déjà que les pages sont non massicotées et que cela demande du courage, ce que personne n’avoue) De l’utilité des pseudonymes, je vous le dis. Il était pas maso, lui, le Gracq, euh le Poirier, hein monsieur Palmiers ?

Prochain épisode : un point commun entre Flaubert et le grand Louis de Pierre Perrault.

Et je recommande ceci à ceux qui, comme moi, sont abonnés à la mélancolie (sans faire exprès).

en équilibre précaire

24 avril 2009 § Poster un commentaire

Je parlais bien d’un “début” de reconnaissance. Puisqu’aujourd’hui l’impression que tout est encore à faire ne me quitte pas. La précarité : voyage sans fin sur une banquette inconfortable, qui, même en offrant une sorte de liberté, n’est pas toujours propice aux rêves.

Comment sortir de cet état ?

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l'oeil

20 avril 2009 § Poster un commentaire

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bruits et voix

2 avril 2009 § Poster un commentaire

Lisboa, mars 2009

Lisboa, Jardim Botânico

Sommes-nous tous ainsi ? à entendre ces dialogues imaginaires entre personnes aperçues il y a longtemps ? Il m’arrive de confondre mes pensées avec l’imagination de ces conversations. Cela se mêle et prend la forme de textes brefs et confus.

Je constate des pertes de mémoire tous les jours. J’hésite, devant elles, entre la peine et le soulagement. S’agit-il de la douleur du temps passé, trop long temps, à ne plus rien espérer ? On souhaiterait que de telles marques disparaissent. Vont-elles disparaître, ou seulement s’atténuer ? Sommes-nous plusieurs à constater un morcellement, l’éparpillement de morceaux de soi, qu’on ne sait plus rassembler ? liés par des fils (cheveux) de plus en plus maigres et cassants.

Où suis-je ?

Catégorie Rien sur notes obliques.