hiatus

5 janvier 2012 § Poster un commentaire

 

Quand je te parle une fois sur deux c’est la catastrophe. Une fois sur deux, après avoir raccroché je prendrais le portable pour le lancer le plus fort et le plus loin possible, en l’occurrence, vers le plafond. Je l’imagine exploser et ça me soulage, je vois les pièces de métal et de plastique voler en éclats et c’est fou le bien que ça me fait.

Parce qu’une fois sur deux, par un étrange phénomène d’étourdissement, je te confirme cette fausse impression que tu as de moi et qui te rend si fier. Ces malheureuses fois-là, je fonce droit vers ce que je veux éviter, comme à ce jeu idiot : on se tient le front collé à une batte de baseball en tournant le plus vite possible, en maintenant la batte à la verticale appuyée au sol gazonné, ensuite il faut courir mais en bon prudent on jette un coup d’œil à l’obstacle qu’il faut éviter, une piscine, un arbre, n’importe quoi, et ce coup d’œil, mes amis, nous fait foutu. On court, on court, on court droit vers la chose qu’il faut fuir, et pour finir on se pète joyeusement la gueule.
Une fois sur deux tu penses avoir raison alors que tu t’enfonces le doigt dans l’œil jusqu’au coude : je n’ai pas la consistance d’une gelée au porto, je suis plus solide qu’une montagne de camions-remorques (on a les références de solidité qu’on peut), j’ai la tige de vie plus sûre et plus droite qu’un érable de Norvège, seulement ceci :

je ne le crie pas.

Les gens qui bombent le torse pour crier qu’ils sont brillants ou costauds m’emmerdent et me fatiguent. Pendant qu’ils s’épuisent à monter en neige des blancs d’air, beaucoup, beaucoup de choses se passent dans les interstices. Et c’est justement là que j’aime me tenir.

 

 

mitan

29 novembre 2011 § Poster un commentaire

 

“il y a des évanouissements,
ils ne sont rien d’autre que des morts
dans un corps vivant”
écrivait Döblin*
de son Biberkopf

notre essence constituée de petites morts
nous rendrait lumineux
comme des soleils
qui ne brûleraient personne
juste ils réchaufferaient
le creux du lit

si

 

* traduction d’Olivier Le Lay

en attendant la forêt (bis)

10 novembre 2011 § Poster un commentaire

 

On n’aime pas prévoir, sauf la forêt. D’ici là, on observe. Lui : jambon-gruyère dans une main, un polar dans l’autre. Plus loin, à ma droite : les yeux enfoncés dans leurs orbites à force d’avoir peur de voir. À ma gauche, un homme d’âge mûr et son coca. Devant, deux jumeaux en survêtement sportif qui brille. Pour passer le temps, on joue au jeu des sept erreurs en les regardant.

Un peu de calme. Tout arrive. L’après-midi sera “productif”. La journée nous appartient encore, la preuve : où je suis née, il n’est pas encore midi.

corrections

2 novembre 2011 § Poster un commentaire

 

Vous avez besoin de construire un cône – mais une tension vous en empêche. Vous avez, vous aussi, un Altensam qui pèse. Lourd. Votre Altensam vous déchire. Mais sans le cône, nulle survie, nulle existence.

Vous voudriez que le cône s’impose à vous. Mais non. Il faut y travailler, le façonner, puisqu’il prendra la forme que vous lui donnerez. Sans l’action de vos mains, nulle forme. Un cône ne tombe pas du ciel, comme ça. Il faut le construire. La tension créée par votre Altensam doit servir à quelque chose. De cette tension seule peut naître une langue. Le cône où sera sacrifié votre Altensam sera votre survie.

voies

20 octobre 2011 § Poster un commentaire

escale

30 août 2011 § 1 commentaire

 

On dit des voix parallèles qu’elles ne se toucheront jamais. Il suffit de se regarder en oubliant de s’atteindre, de ne pas tendre le bras, les doigts. Ils nous écorcheraient. À cause de la vitesse, à cause des ongles.

Ou alors, si on y tient. S’il faut vraiment se toucher, s’il faut que nos chemins se croisent par nos bras étirés. Il faudra ralentir, puis s’immobiliser, pour ne pas se blesser. On cessera d’avancer.

C’est marche ou crève, on dit. C’est marche seul ou crève à plusieurs.

 

noeud

29 août 2011 § Poster un commentaire

 

défaire la boucle :
la saisir et tirer
d’un coup bref, se dé-pendre
jeter un regard par-dessus le mur
s’assurer de ne plus y être
pour n’être ici        que vraiment là

paupières au crochet
par le givre
accrochées, ouvertes
pour de bon

 

vol

5 août 2011 § Poster un commentaire

 

à l’intérieur, dedans, on écarte les bras pour en faire de longues ailes, pour l’envergure, comme ça, mais à l’intérieur de sa tête, on se déploie de l’intérieur, on se défroisse, on creuse un espace grand comme ça mais dans le trou d’une aiguille, pour pas que ça gêne, pour que ça crie bien, mais sans vacarme, hop, comme ça

iris

6 juillet 2011 § Poster un commentaire

 

une forêt encagée
est déjà une forêt

les cous des pins s’étirent
chercheurs de ciel de temps
on les attache, liens et menottes, sangles de métal
pour ne pas qu’ils fuient

arbres inversés
fougères ventriloques
forget-me-not gonflables
inspirés d’une histoire vraie
peupliers en kit
et des humains humeurs de pollens de phentex

tout ça sifflote gaiement

blanc

22 juin 2011 § 2 Commentaires

On pourrait marcher la tête en bas, ce serait pareil : le blanc. Le ruisseau Rimbaud gelé. Traverser le pont de terre qu’on devine à peine. La neige fouette le visage. Jouer à imiter la mort : imaginer ce que pourrait être une vraie béance. Couchée sur le blanc, le laisser s’accumuler sur soi, et penser de petits animaux extraordinaires. Mais, en réalité, jamais qu’un passage, leur passé. Les petits animaux : invisibles. Regarder leurs traces s’effacer rapidement avec le vent et sous l’ajout continuel : la poudrerie. Juste au-dessus, dans le ciel, de petites taches dépolies qui tombent, faisant un léger bruit, perceptible ici seulement, à l’orée du bois, à l’abri. Éprouver l’intacte solitude de l’enfance, la conscience triste du zéro, et de la matière. Se douter de la douleur, de la rareté. Ne s’apercevoir jamais. S’obliger à croire la beauté.

Par terre des traces. Mais où sont les animaux ? Êtres vus de ce que l’on ne voit pas. Les petits animaux extraordinaires nous voient sans être vus. Pouvoir ainsi les croire magnifiques, avec leurs mystères, leur langage obscur. Et pour la saison leur pelage est blanc. S’asseoir sur la glace du torrent gelé, de la voie creusée, perpendiculaire à la montée; souffler, dégager la poussière froide de sur ce miroir. Mais ne rien voir : aucun reflet, aucun poisson dessous. Qu’un frimas opaque, épais, solide, et des joncs figés, les quenouilles cassées sous le poids du froid, piquant, plongeant vers le bas, comme mes tresses balaient la glace. Agenouillée sur le ruisseau de verre, imaginer le loup, le lynx. Ouvrir les genoux, ouvrir l’œil et trouver du maïs, durci, tombé de la montée, ignoré des oiseaux.

Marcher sur la montée jusqu’à la forêt. Odeur de résine. Entrer.

 

 

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